Un pas en avant à Dunkerque — mais loin de la transformation profonde initialement annoncée
La Haye, mardi 6 février 2026 – Après une série de retards, SteelWatch accueille positivement mais prudemment l’annonce par ArcelorMittald’un investissement de 1,3 milliard d’euros pour la construction d’un four électrique à arc (EAF) d’une capacité de deux millions de tonnes à Dunkerque, en France, ainsi que la fermeture de l’un des deux hauts fourneaux à l’horizon 2030. Ce projet représente un pas dans la bonne direction, mais il ne constitue qu’une fraction des plans de décarbonation initialement prévus pour Dunkerque. La mesure de son impact sur les émissions de gaz à effet de serre dépend des intentions de l’entreprise quant à l’alimentation de ce nouvel EAF avec du fer vert.
Selon ArcelorMittal, le nouvel EAF sera alimenté à 60 % par de la ferraille, le reste provenant d’un mélange de fer préréduit et de fonte liquide issue de l’un de ses hauts fourneaux actuels. Sans plans fermes d’investissement dans le DRI à hydrogène (H2-DRI) ou d’approvisionnement en fer briqueté à chaud (HBI) véritablement vert, le projet risque de se limiter à une décarbonation partielle de l’étape de fabrication de l’acier, tandis que la production de fer à base de charbon se poursuivra en amont.
Dunkerque est actuellement considéré comme le site industriel le plus polluant de France, avec 8,5 millions de tonnes de CO2 émises en 2024. Cela représente environ 14 % des émissions industrielles totales du pays. Bien que, selon ArcelorMittal, le projet permette de réduire de deux tiers les émissions liées à la production d’acier par rapport à la filière haut fourneau, les émissions résiduelles resteraient importantes et au-dessus d’un niveau d’émissions proche de zéro en raison de la dépendance persistante au fer issu des hauts fourneaux.
L’entreprise relie sa décision à l’amélioration des mesures européennes de protection commerciale, au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et au soutien de l’État français. Bon nombre des conditions politiques que les sidérurgistes réclament depuis longtemps sont désormais en train de se concrétiser. C’est donc le moment de s’engager à sortir du charbon et à investir dans le fer à faibles émissions, et non pas seulement dans de nouvelles capacités de fusion.
SteelWatch appelle ArcelorMittal à :
- Fixer une date ferme de fermeture des hauts fourneaux à Dunkerque
- S’engager à se fournir en larges volumes de fer à faibles émissions (construction d’une installation H2-DRI ou approvisionnement en HBI vert)
- Publier des plans de transition transparents et financés, alignés sur les objectifs climatiques de l’UE
« Confirmer un four électrique à arc à Dunkerque constitue un pas en avant après de longues hésitations. Mais cela reste loin de la transformation qu’ArcelorMittal disait nécessaire et de ce qu’exige une véritable décarbonation. Un seul four ne fait pas une stratégie climatique. Le véritable test est de savoir si l’entreprise va désormais mettre fin à la production de fer à base de charbon, et pas seulement verdir l’étape finale », a déclaré Pascal Husting, associé chez SteelWatch.
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